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Little
Joe

Filmographie sélective

1967 : **** d'Andy Warhol

1968 - 1972 : Flesh, Trash et Heat  (La Trilogie) de Paul Morrissey 

1968 : San Diego Surf d'Andy Warhol

1969 : Lonesome Cowboys d'Andy Warhol 

1974 : Chair pour Frankenstein et Du sang pour Dracula 

de Paul Morrissey et Antonio Margheriti

1975 : Black Moon de Louis Malle

1976 : Je t'aime moi non plus de Serge Gainsbourg 

1976 : La Marge de Walerian Borowczyk

1979 : Tapage nocturne de Catherine Breillat

1981 : Merry-Go-Round de Jacques Rivette 

1984 : Cotton Club de Francis Ford Coppola 

1988 : Meurtre à Hollywood de Blake Edwards 

1990 : Cry-Baby de John Waters

1999 : L'Anglais de Steven Soderbergh

De John Waters à Catherine Breillat en passant par F.F. Coppola et Louis Malle, Joe Dallessandro à fasciné les cinéastes américains comme européen.

Objet de désir de toutes celles et ceux qui l'ont filmé, plus qu'aucun autre Little Joe se met a nu, faisant de son corps, au delà de son jeu, une pure matière filmique fascinant les cinéastes underground comme les plus classiques... Finalement peu connu, cet acteur qui à travaillé avec les plus grands, imprègne l'imaginaire collectif au delà d'une cinéphilie avertie  : c'est le bas de son corps qui apparaît moulé dans un jean sur la pochette de l'album Sticky Fingers des Rolling Stones. C'est également à lui que s'adresse Lou Reed dans sa chanson Walk on the wild side :

"Little Joe never once gave it away
Everybody had to pay and pay
A hustle here and a hustle there
New York City's the place"

la boîte à extraits

Black Moon - Louis Malle, France, 1975

Après un début de carrière très underground où Dallesandro navigue entre films d'horreurs de série Z, les films de la bande de la Factory, et de l'image érotique (voir parfois pornographique). C'est le cinéaste Français Louis Malle qui lui offre son premier rôle "classique". Le mot est à prendre entre guillemets car Black Moon est l'un des films les plus étrange de son cinéaste qui propose volontairement un film "tourné en marge de la réalité". À l'occasion d'une guerre entre les hommes et les femmes, une jeune fille se réfugie dans une maison occupé par une vielle dame, des enfants nus, des animaux et une soeur et un frère incarné par Joe Dallesandro et Alexandra Stewart. Dallesandro, sans prononcer un mot, participe de l'atmosphère de ce film hors-normes. Son personnage semble sorti tout droit d'une bande dessiné des années 70 : habillé de sa chemise blanche très 1800 et le cou encerclé de son collier d'or. Ce film, très onirique, est envisagé par son auteur comme un prolongement de Lacombe Lucien (tourné l'année précédente) dans le sens où il explore les comportements irrationnels de ses personnages.

édition DVD : Gaumont

La Marge - Walerian Borowczyk, France, 1976

Tout d'abord exploité sous le titre Emanuelle 77, pour des raisons commerciales à cause de la présence de Sylvia Kristel, La Marge, film faussement érotique pose les principes d'un système de représentation des corps assez novateur. Boro, plasticien, animateur et cinéaste pense les corps comme une matière première, un motif esthétique : il filme comme il sculpte. Dans ce film la représentation de la nudité est quasi politique, sans être réellement féministe, le cinéaste réserve le même traitement au corps masculin et féminin. Joe Dallesandro y est mis à nu, frontalement, sans pudeur mais sans pornographie. Il est traité en corps, une carapace un peu vide à l'image de son personnage qui cherche à retrouver une substance, une raison de vivre auprès d'une prostituée de la rue Saint-Denis. Adapté du roman éponyme de André Pieyre de Mandiargues (prix Goncourt 1967) ce film aujourd'hui méconsidéré, est d'une rare finesse et élégance dans ses représentation de la sexualité et de la prostitution. Un film pessimiste et désespéré qui doit énormément à la finesse de jeu de ses deux interprètes principaux.

édition DVD : pas d'édition

Joe Dallesandro Posing - Bob Mizer, USA, 1966

Dès 1942, Bob Mizer début son travail de photographe et de cinéaste. Il crée son propre studio : l'AMG (Athletic Model Guilde). Son projet : proposer des représentations des corps masculins dans leur nudité, en premier lieu photographique. il diffuse ses photos par la poste (ce qui lui vaudra une peine de prison, les représentations de nus étant illégales aux États-Unis dans les années 40), puis par l'intérmétidaire d'une revue Physic Pictorial dès 1945. Ce film ou il déshabille Joe Dallesandro est l'un des très nombreux courts-métrages qu'il réalise dans son studio dans les années 60. Dans le docu-fiction Beefcake (Thom Fitzgerald, 1999), Dallesandro témoigne : "Ça n'a jamais été de l'art, pas plus que les films que j'ai fait avec la bande de Warhol. Pour moi c'était une formation, un tremplin. Et quand j'ai fini par rencontrer des gens qui allaient vraiment me faire tourner, j'étais à l'aise devant un objectif." Ce film est cependant le premier de sa carrière. Il était auparavant apparu dans Couch de Wahrol en 64 et avait posé pour des photographies déjà prise par Bob Mizer. Il travaillera par la suite avec plusieurs autres photographes dont Annie Leibovitz en 1971.

édition DVD : Studio Canal (bonus du film Beefcake)

Flesh - Paul Morrissey, USA, 1968

Joe fait le trottoir... Ce film, particulièrement touchant est entièrement centré sur Joe Dallesandro. il y incarne une jeune père qui se prostitue afin de pouvoir nourrir sa femme et son enfant. l'occasion pour Morrisey de filmer l'acteur sous toutes ses coutures, nu et habillé, de face et de profil, en gros plan et en plan pied. L'esthétique très underground (caméra porté, 16 mm, montage haché, son saccadé) apporte une dimension poétique étonnante et inattendue. Ce premier film de La Trilogie, est construit avec de longues séquences juxtaposés sans grand liens narratifs si ce n'est son personnage principal. 

Deux séquences symbolisent parfaitement le film, celle proposée ou Joe est nu à côté de son bébé, nu lui aussi et une autre où il est contraint de faire une passe avec un vieil artiste. Celui-ce lui le fait se déshabiller avant de lui faire prendre des poses en le dirigeant comme s'il cherchait à faire de lui une statue grec, un discobole ou un Apollon. 

Dans un New-York froid et humide, le personnage déambule à la recherche d'argent, il fait des rencontres et attend, attend le travail, l'argent et le lendemain...

édition DVD : Carlotta films

Trash - Paul Morrissey, USA, 1970

Trash porte bien son titre. Joe Dallesandro y joue un junkie certes mais plus que ça, il joue un personnage poubelle, vivant dans une poubelle. Morrisey et Warhol proposent le film le plus "trash"de leur Trilogie et font de Little Joe un personnage perdu et émouvant, un homme qui n'a plus rien à perdre et qui ne se préoccupe plus ni des règles sociales ni de ce qu'il pourrait subir. La seule échappatoire est la drogue, qu'importe ce qu'il faudra faire pour y accéder. La caméra impudique de Morrisey capte le visage illuminé de Dallesandro qui semble encore plus nu que sa nudité effective. L'engagement de l'acteur est à son paroxysme. 

Trash  est un constat amer et une critique de la société que Morrissey connaît, celle dans laquelle il évolue. C'est un brûlot anti-drogue et une fenêtre ouverte sur la détresse d'un jeunesse new-yorkaise condamné à une semi-clochardise. Le plus politique des films de cette Trilogie...

édition DVD : Carlotta films

Heat - Paul Morrissey, USA, 1972

Ce dernier opus de La trilogie se démarque à plusieurs niveaux. Tout d'abord c'est le seul film qui ne se déroule pas à New-York City mais à Hollywood, Los Angeles. Aussi si les deux premiers films racontaient le destin de personnage "perdus" pour la société (un prostitué et un junky) celui-ci parle d'un jeune homme mieux intégré dans la société qui va vivre une histoire d'amour (intéressée) avec une femme plus âgée. il est une star sur le retour, prêt à tout pour retrouver un peu de sa célébrité passée. Heat reprend la trame de grand classiques hollywoodiens et s'inspire notamment du Sunset Boulevard de Billy Wilder dont il constitue une quasi-parodie. L'esthétique très solaire du film se démarque des premiers film et emprunte les codes des sitcoms télévisuelles de l'époque. Enfin Dallesandro ne s'y prénomme pas Joe mais Joey. Ces différences sont affirmé dès le générique qui, contrairement au deux autres, ne se constitue pas d'écritures "néons" défilantes.

Ce film est le plus constuit narrativement des trois mais reste dans l'esprit de subversion, de captation d'une superficialité et d'un érotisme vain. Nihiliste et pessimiste Heat, entièrement porté par Dallesandro est plus émouvant qu'il n'y paraît. 

édition DVD : Carlotta films

Lonesome Cowboys - Andy Warhol, USA, 1969

Au début de sa carrière Dallesandro à collaboré à de multiples reprise avec Andy Wahrol et sa bande. Il apparaît dans au moins 4 films réalisé par l'artiste et bien plus si on compte les photographies et les productions d'Andy Warhol. 

Lonesome Cowboys est un western satirique ouvertement homoérotique et vaguement inspiré du Romeo et Juliette de Shakespeare. Le film fût saisi par la police en Août 1969 à Atlanta et ses spectateurs recherchés pour identification. Il inspira énormément de cinéastes par la suite dont Ang Lee pour son Secret de Broakback Mountain.

Ici Dallesandro est l'un des cinq cow-boy homosexuels du film tout simplement nommé "Little Joe". Comme dans beaucoup de production de Warhol, il semble s'incarner lui même, c'est sa plastique qui est mise en avant. L'artiste en fait un objet de désir filmique et disait de l'acteur : "Dans mes films, tout le monde est amoureux de Joe Dallesandro".

édition DVD : Rarovideo (import Italie)

Merry-Go-Round - Jacques Rivette, France, 1981

Merry-Go-round est, pour reprendre une expression de François Truffaut, un "grand film malade". Un tournage compliqué, des conflits entre Rivette et Maria Schneider, un scénario Bancal... Cette chasse au trésor bancale reste cependant un film très intéressant et attachant. Joe Dallesandro y incarne avec finesse Ben qui rencontre Léo (Maria Schneider), la soeur de son amie dans un aéroport. Cette dernière est disparue, ensemble ils vont partir à sa recherche. Conçu comme un jeu de piste, le film perd ses spectateurs comme ses personnages. 

Rivette filme avant tout des corps en mouvement, qui courent, se fuient, se battent, se rapprochent... Il parvient à créer une tension entre les corps pourtant éloignée de Ben et Léo. Dallesandro dégage une animalité frénétique et fascinante. Il va vite, filmé caméra au poing, courant dans les forêts et les dunes avant de s'effondrer, épuisé. Merry-go-round constitue le dernier volet (un peu à part) des Scènes de la vie parrallèle, une tétralogie inachevée commencée par Rivette avec Duelle (une quarantaine) et Noroît (une vengeance).

édition DVD : Carlotta films

Je t'aime, Moi non plus - Serge Gainsbourg

France, 1976

Le film fit scandale à sa sortie, d'abord interdit au moins de 18 ans. Joe y est Krassky, un camionneur gay formant un couple avec son coéquipier interprété par Hugues Quester. Il rencontre Johnny (Jane Birkin) une jeune serveuse très androgyne dont il tombe amoureux. C'est l'histoire d'un homme et d'une femme qui s'aime mais qui n'arrive pas à accéder à l'amour physique. 

Le film rejette à l'époque en masse par la critique et les spectateurs à cependant trouvé quelques défenseurs, parmi lesquels François Truffaut qui, invité au masque et la plume pour la sortie de L'argent de poche, préférera utiliser son temps de paroles pour défendre "le beau film de Serge Gainsbourg". Dallesandro y interprète brillamment ce personnage ambigüe, dégagant une puissance physique ultra-virile, épousant son identité homosexuelle et en même temps plein de fragilité et incapable de faire l'amour à celle qu'il aime. C'est en découvrant la trilogie Warhol/Morrissey que Gainsbourg décida de faire appel à l'acteur. Pour pallier à la barrière de langue et effacer l'accent américain de Dallesandro, Gainsbourg le fit double par Francis Huster (qui tiendra le rôle principal d'Equateur, deuxième long métrage du chanteur-cinéaste.

édition DVD : Wild Side Vidéo

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